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18.06.2008

Moi, Albert Jacquart, Ministre de l'Education Nationale

J'aime beaucoup cette philosophie d'Albert Jacquart alors à ceux qui ne la connaissaient pas, je tenais juste à la faire partager...

En ces jours d’examens ce texte de Albert Jacquard semble d’actualité.

Préambule : L’Éducation nationale ne doit pas préparer les jeunes dont l’économie ou la société ont besoin. La finalité de l’éducation est de provoquer une métamorphose chez un être pour qu’il sorte de lui-même, surmonte sa peur de l’étranger, et rencontre le monde où il vit à travers le savoir. Moi, ministre de l’Éducation nationale, je n’ai qu’une obsession : que tous ceux qui me sont confiés apprennent à regarder les autres et leur environnement, à écouter, discuter, échanger, s’exprimer, s’émerveiller. À la société de s’arranger avec ceux qui sortent de l’école, aux entreprises d’organiser les évaluations et la formation de leur personnel à l’entrée des fonctions. Il faut que les rôles cessent d’être inversés : l’éducation nationale ne produira plus de chair à profit.

Article premier : Il faut supprimer tout esprit de compétition à l’école. Le moteur de notre société occidentale est la compétition, et c’est un moteur suicidaire. Il ne faut plus apprendre pour et à être le premier.

Article deuxième : L’évaluation notée est abandonnée. Apprécier une copie, ou pire encore, une intelligence avec un nombre, c’est unidimentionnaliser les capacités des élèves. Elle sera remplacée par l’émulation. Ce principe, plus sain, permettra la comparaison pour progresser, et non pour dépasser les camarades de classe. Mettre des mots à la place des notes sera plus approprié.

Article troisième : Les examens restent dans leur principe, sachant que seuls les examens ratés par l’élève sont valables. Ils sont utiles aux professeurs pour évaluer la compréhension des élèves. Mais les diplômes ou les concours comme le baccalauréat sont une perte de temps et sont abolis. Sur tous les frontons des lycées figurera l’inscription : ” Que personne ne rentre ici s’il veut préparer des examens. “

Article quatrième : Les grandes écoles (Polytechnique, l’ENA…) sont remises en question dans leur mode de recrutement. La sélection, corollaire nécessaire de la concurrence, et qui régissait l’entrée dans ces établissements, ne produisait que des personnalités conformistes, incapables de créativité et d’imagination. Pour entrer à l’ENA, des jeunes de vingt-cinq ans devaient plaire à des vieux de cinquante ans. Ce n’était pas bon signe.

Article cinquième : Les enseignants n’ont plus le droit de se renseigner sur l’âge de leurs élèves. Les dates de naissances doivent être rayées de tous les documents scolaires, sauf pour le médecin de l’école. Il n’est plus question de dire qu’un enfant est en retard ou en avance, car c’est un instrument de sélection. Chacun doit avancer sur le chemin du savoir à son rythme, et sans culpabilisation ou fierté par rapport aux camarades de classe. Par contre, un professeur a le devoir de demander à l’élève ce qu’il sait faire pour adapter son enseignement, éventuellement programmer un redoublement. Le redoublement est d’une réelle utilité s’il n’a pas de connotation de jugement.

Article sixième : Chaque professeur sera assisté d’un professeur de philosophie. Il faut en effet doubler l’accumulation des connaissances d’une approche par les concepts. Il faut en particulier passer par l’histoire des sciences, resituer les connaissances par rapport aux erreurs historiques d’interprétation des savoirs. Il faut que les élèves aient conscience des enjeux politiques qui se cachent derrière le progrès scientifique. On pourra rester quelques semaines sur un même concept, plutôt que de saupoudrer du savoir dans chaque cours.

Article septième : Le travail des professeurs par disciplines est annulé au profit du travail en équipe. La progression du travail des classes ne doit pas être perturbée par des impératifs de programme.

Article huitième : Chaque personne disposera dans sa vie, vers la fin de la trentaine, de quatre années sabbatiques afin de faire le point, se réorienter, apprendre d’autres choses. Chacun a le droit de vouloir changer de métier ou de vocation, parce qu’il n’est pas évident de se déterminer définitivement à dix-huit ans.

Article neuvième : le ministère de l’Économie ne dictera plus ses besoins au ministère de l’Éducation. Dorénavant, le ministre de l’Économie donnera tous les moyens nécessaires à l’Éducation nationale pour réussir sa vocation.

Commentaires

Bon voilà je viens de prendre le temps de lire "correctement " ce texte ... je n'allais quand même pas le lire en diagonale et répondre kikou lol top les idées ...

surtout quand on lit les commentaires à la suite de ce texte que j'ai retrouvé sur d'autres blogs !

Il y a un tel écart me semble t'il entre l'actuel et cette projection de ce que pourrait être l'éducation nationale (qu'on pourrait rebaptiser l'élévation nationale pour l'occasion) que ce texte en est presque cruel non ? Maintenant je pense qu'il vaut mieux rêver et vivre en grand qu'en petit et que le début de l'ombre de ce programme serait déjà une grande avancée.

J'ai quand même des amies professeurs des écoles qui, dans cet esprit, aident vraiment les enfants à penser autrement et n'hésitent pas à sortir des sentiers battus en termes de méthode, si si il y en a ... quelques-un(e)s dont on ne sait malheureusement pas saluer les efforts.

Ecrit par : justmarieD | 19.06.2008

Nous avons aussi des amis professeurs car nous nous serrons les coudes face à la "machine à broyer".

Penser autrement l'enseignement provient aussi des parents, ne rentrer pas dans le jeu du "gagnant" ou du "perdant" mais de l'humanisme avec le coeur ouvert vers une nouvelle jeunesse qui a aujourd'hui tant besoin de fraîcheur.

Il m'est impossible d'accepter l'école comme un outil de sélection (je le refuse !), avec notre fille, nous avons tellement souffert de cela pendant plusieurs années, mais je m'obstine à vouloir dans mon esprit à ce que l'école soit un lieu de transmission de savoir, de droit au savoir pour les jeunes et aussi pour savoir vivre ensemble en société.

Il m'est impossible d'accepter ce système qui juge et qui éjecte.

Oui, il y a des enseignants formidables mais que l'on assaille et qui mérite reconnaissance pour tout le travail qu'ils font pour la jeunesse en défendant les vraies valeurs de l'école.

Ecrit par : Crépuscule | 20.06.2008

Oui tu as raison la panurgie de certains parents me sidère ! Les professeurs représentants de l'état tout puissant avec droit de vie ou de mort sur l'avenir de nos enfants, des parents complètement effacés qui en oublient qu'ils sont les premiers éducateurs de leurs enfants; il faut dire que bien des professeurs se chargent copieusement de rabaisser les parents au rang de "non-sachant". Je ne supporte plus certaines réunions de rentrée avec les parents assis aux petits tables et l'instit qui pérore du haut de son tabouret en se gargarisant du dernier mot à la mode, le référentiel bondissant pour dire ballon à l'époque a fait beaucoup rire !

Enfin rire .... jaune ...

C'est amusant , tu vois ma Lola CM1 a subi toute l'année un prof le vendredi (il est à cheval sur 2 écoles), le gars il s'en fiche et ça se sent, le vendredi est donc un jour morne et triste sauf les jours où il est mal luné, tout le monde est puni, recopiez 50 fois ...., du coup les jeudis soirs : maux de tête, maux de ventre, bref maux pour mots et bien hier après avoir lu ton texte je me suis dit qu'aujourd'hui lola n'irait pas à l'école, j'ai décidé ! elle apprendra plus à la maison qu'avec ce fantôme de prof !

Voilà si plus de parents se permettaient d'ouvrir la bouche on n'en serait pas là !

Biz, bonne journée !

Ecrit par : justmarieD | 20.06.2008

"Le gars, il s'en fiche"... On lui inculque dans son milieu et dès sa petite enfance que pour lui l'école, c'est comme ça (noter, punir, mesurer les élèves comme des produits !)...

Oui tu as raison Marie, il faut s'ouvrir la bouche. Nous avons le devoir de ne plus nous taire pour nos enfants et leur avenir. Et nous n'avons en plus rien à perdre, puisque nous ne dépendons pas de l'Education Nationale et nous ne travaillons pas en son sein...

Des profs sont parfois contents de trouver des parents qui n'ont plus peur, brisant l'isolement et les murs du silence et qui en secoue face même devant cette "machine infernale" qui sélectionne d'un côté "les meilleurs" et jette de l'autres "les mauvais.

Il n'y a pas 2 mondes... C'est pourquoi, j'ai passé déjà la rentrée scolaire dernière à faire la prof. de philosophie sans l'avoir jamais apprise à l'école puisque c'est ma fille qui me l'enseigne dans un monde de brut qui ne devrait plus l'être pourtant aujourd'hui et aveugle de l'intérêt financier plutôt que celui de l'enfant et sa famille.

Ecrit par : Crépuscule | 20.06.2008

J'ai oublié de te faire une BISE sur chaque joue.

PS : S'il le faut, je squaterais l'école plutôt puisque les murs appartiennent à la commune ou au Conseil Général pour un collège ou un lycée où nous sommes des citoyens et où nous payons nos impôts, et lorsqu'on ne peut pas en payer, on nous casse tout le sucre dessus en nous accusant que c'est de notre faute...

Ecrit par : Crépuscule | 20.06.2008

Son discours date de 1995 dans "J'accuse l'économie triomphante"...

"L'école de demain ne servira plus à approvisionner les généraux en chair à canon ou les chefs d'entreprise en chair à profit ; elle aidera des hommes à se construire eux-mêmes au contact des autres."
Albert Jacquard - né en 1925 - J'accuse l'économie triomphante - 1995

""Réussir" est devenu l'obsession générale de notre société, et cette réussite est mesurée par notre capacité à l'emporter dans des compétitions permanentes. Il est pourtant clair que la principale performance de chacun est sa capacité à participer à l'intelligence collective, à mettre en sourdine son je et à s'insérer dans le nous, celui-ci étant plus riche que la somme des je dans laquelle l'attitude compétitive enferme chacun. Le drame de l'école est d'être contaminée par une attitude de lutte permanente, qui est à l'opposé de sa finalité."
Albert Jacquard - né en 1925 - Mon utopie - 2006

Franchement quelle belle utopie que cet homme là nous offre. Que de rêves que nous avons quand même tant besoin pour renoncer au fatalisme de notre société...

Ecrit par : Crépuscule | 20.06.2008

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